06/09/2026
En hommage à la vieille boîte à tartines …..
Il existait, dans la cuisine de la famille Tartampion, un grand tiroir bas que l’on nommait « le gouffre ». C’est là que s’entassait une collection de boîtes à tartines.Il y en avait des dizaines. Des bleues, des vertes, des triangulaires, des géantes, des minuscules, des publicitaires gagnées à la kermesse, et des ultra-modernes à quatorze compartiments achetées sur un coup de tête. La mère de famille pensait bien faire en les accumulant, mais en réalité, ce placard débordant était le cimetière du quotidien.Toutes ces boîtes passaient leur vie dans le noir, empilées les unes sur les autres dans un chaos permanent.
« Pousse-toi de là, tu m’écrases ! » rouspétait une boîte rose fluo à paillettes.
« De toute façon, tu ne sers à rien, répondit un immense coffre kaki. Le petit ne t’a prise qu’une fois, pour frimer le jour de la rentrée. Depuis, tu prends la poussière. »
C'était la triste vérité.
À force d'être trop nombreuses, aucune de ces boîtes n'avait de vraie vie. Elles étaient interchangeables, jetées au fond du placard après un seul usage, oubliées derrière un paquet de sacs poubelles, ou égarées sous un canapé sans que personne ne s'en soucie. Elles n'étaient que du plastique inutile. Elles ne connaissaient ni l'odeur du pain frais qui reste toute la journée, ni le frisson de la récréation, ni le clic familier que l'on attend à midi.Elles entendaient parfois, à travers la porte du placard, l’histoire de La Boîte Unique. Celle du grand-père, une vieille boîte en métal cabossée qui avait partagé sa vie pendant vingt ans, portant chaque jour le même sandwich au jambon avec une fidélité absolue. Une boîte qui avait une âme.« Nous, on est jetables », soupira Indigo, une boîte à compartiments si complexes que personne ne comprenait comment la fermer. « On est trop nombreuses pour être aimées. »Un soir, la cuisine fut prise d'une effervescence inhabituelle. La famille préparait les bagages pour un grand déménagement. Le moment de vider « le gouffre » était venu.Le tiroir fut tiré dans un grand fracas. Le père de famille plongea les mains dans la montagne de plastique.« C'est incroyable, dit-il en soupirant. Pourquoi a-t-on autant de boîtes ? Ça ne sert strictement à rien, on utilise toujours la même ! »Il fit alors un grand tri. Il ne garda que deux boîtes : une rouge pour le grand, une bleue pour la petite. Des boîtes simples, solides, sans chichis. Toutes les autres – les pailletées, les triangulaires, les gadgets à élastiques – furent entassées dans un grand carton pour être données ou recyclées.Ce fut une délivrance. Les boîtes restées dans la cuisine devinrent enfin ce qu'elles devaient être : des compagnes de route. Plus de doublons au fond de l'armoire, plus de caprices. Chaque matin, elles étaient lavées, remplies et glissées dans le cartable. Elles prirent des coups, perdirent un peu de leur éclat, mais gagnèrent des histoires, des rires sous le préau et la fierté d'être l'unique, la fidèle boîte à tartines dont on ne peut plus se passer.
La morale de l’histoire :
À quoi bon accumuler, dans le noir d'un placard,des dizaines de boîtes oubliées par hasard ?Tant de plastique inutile et de gadgets parfaits ne donneront pas plus de goût au déjeuner.Mieux vaut une seule boîte, fidèle et un peu usée ,qui partage chaque jour les jeux de la récré.C’est dans la simplicité d’un objet quotidien que naissent les souvenirs gravés à tout jamais !!!