13/07/2021
[ #1] 💭 Vous l'avez eu hier soir au téléphone. Vous l’embrassiez il y a encore quelques jours. Vous vous êtes dit « au revoir » il y a deux semaines sans savoir que ces mots étaient des adieux. Votre proche vient de mourir, vous pouvez à peine le croire.
Depuis que vous l’avez appris, vous y pensez du matin au soir. Marquées par la tristesse, la culpabilité, la colère parfois, mais toujours dans la douleur, ces pensées tournées vers votre proche décédé occupent tout votre esprit. Le reste peut vous paraître dérisoire, futile. Vous souhaitez seulement le·la retrouver, rien d’autre ne compte.
C’est envahissant, insupportable, car ces moments sont devenus subitement des souvenirs, appartenant au passé, à la « vie d’avant ».
Y penser, encore et encore, permet de maintenir cette relation qui se dérobe malgré soi. Ce processus correspond aux premiers temps du deuil, qui est une recherche de l’autre, de son contact, du lien qui vous unissait. En parallèle, il permet de reclasser les évènements en souvenirs.
Cette phase peut durer plusieurs semaines, plusieurs mois. Cette durée est normale et n’a rien de d’inquiétant. Chaque endeuillé·e chemine à son rythme.
Oui, il est normal d’appeler son répondeur pour entendre sa voix, de toucher et sentir ses vêtements ou son parfum, de regarder ses photos, de porter avec soi un objet qui lui était précieux. Cette « nourriture sensorielle » participe au désinvestissement extérieure de la relation, pour l’investir d’une manière nouvelle, intérieurement.
Ces pensées perdureront, même après des années, mais deviendront progressivement moins intenses, moins envahissantes, moins fréquentes, puis, plus t**d, apaisées voire réconfortantes.
Ces pensées témoignent et contribuent au processus naturel de cicatrisation qu’est le deuil.
👥["Pensées d'Endeuillé·es" est une série écrite et imaginée par Thibaud Gravrand, psychologue et coordinateur de notre ligne d'écoute. Le pitch ? Voici ce qu'en dit Thibaud : "Lors de mes entretiens d'accompagnement, de nombreux·ses endeuillé·es s'inquiètent de savoir si ce qu'ils·elles ressentent ou pensent est "normal". J'avais envie de partir des phrases les plus souvent entendues, afin d'apporter un éclairage sur ce qui se joue en nous lors d'un deuil, et surtout : pour dédramatiser et rassurer !"]