19/02/2025
Communiqué de presse 19 février 2025, Bruxelles
ECVC Alerte sur les Profondes Contradictions de la Vision du Commissaire Hansen
Le Commissaire Hansen présente aujourd’hui sa « Vision pour l’agriculture et l’alimentation — Façonner ensemble un secteur agricole et agroalimentaire attrayant pour les générations futures ». La Coordination Européenne Via Campesina salue la volonté d’améliorer les prix payés aux paysans et paysannes et de répartir plus équitablement les subventions. Elle met toutefois en garde : le Commissaire fait fausse route en allant vers plus d’exportations et d’importations, vers les mécanismes de crédits nature, l’imposition d’OGM/NTG, le renforcement de l’industrialisation et la numérisation. Ces fausses solutions continueront de détruire les petits et moyens agriculteurs, et empêcheront une transition absolument nécessaire.
Morgan Ody, paysanne et membre du Comité de coordination d’ECVC, commence par souligner la nécessité de mesures concrètes : « Cette vision ne va pas assez loin. La directive sur les Pratiques Commerciales Déloyales exige des mesures audacieuses. La Commission devrait écouter les milliers d’agriculteurs qui sont descendus dans la rue, et cesser de répondre aux demandes de la grande distribution. Il faut une procédure accélérée pour interdire l’achat à des prix inférieurs aux coûts de production. La survie de centaines de milliers de fermes dans l’Union Européenne est en jeu. »
Andoni Garcia, agriculteur et membre du Comité de coordination d’ECVC, ajoute : «il existe de profondes contradictions entre les promesses de prix plus équitables, d’une part, et les efforts en faveur de la numérisation et d’une plus grande libéralisation des marchés à l’échelle mondiale, d’autre part. Parmi les nombreux autres problèmes liés à ces deux phénomènes : l’agriculture axée sur les exportations et les importations fera baisser les prix, tandis que la technologie et la numérisation feront grimper les coûts. La Vision est contradictoire et risque de nuire aux paysans et paysannes. »
Vitor Rodrigues, du Comité de coordination d’ECVC, d’ajouter : « Certaines annonces au sujet de la PAC vont dans le bon sens : plafonnement, dégressivité et attention particulière accordée aux fermes de polyculture, aux fermes situées dans des zones à handicap naturel, ainsi qu’aux jeunes et aux nouveaux agriculteurs/trices. La PAC doit en effet être plus juste et cela ne peut se faire qu’au moyen de prix justes, et d’une réglementation du marché. Nous attendons des propositions encore plus audacieuses, notamment en ce qui concerne l’OCM et l’AFCO, qui devraient être pleinement opérationnels. »
Vitor Rodrigues signale également que « [la] Commission n’aurait pas non plus dû tomber dans le piège de l’agriculture carbone et des crédits nature. Ces mesures ne sont en aucun cas utiles à l’atténuation du changement climatique, à la lutte contre l’effondrement actuel de la biodiversité, ou à la création d’une source de revenus sûre pour les paysans et paysannes. Elles sont, par contre, extrêmement efficaces en tant que mécanisme d’écoblanchiment des entreprises privées et permis à polluer. »
Alessandra Turco, membre du Comité de coordination ECVC chargée des semences et des OGM, complète : « La Vision considère les applications des biotechnologies dans l’agriculture comme une solution pour rendre les plantes plus résilientes au changement climatique et garantir la durabilité et la sécurité alimentaires. Toutefois, il n’existe pas d’OGM sur le marché ou en cours de développement qui présenterait de telles caractéristiques. En réalité, la déréglementation des OGM (plantes et micro-organismes) obtenus par de nouvelles techniques génomiques (NTG) n’aura pour effet que d’imposer des OGM brevetés aux agriculteurs, les empêchant d’utiliser leurs propres semences, pourtant beaucoup mieux adaptées à leurs conditions de culture et de climat. »
Paola Laini, ouvrière agricole, membre de l’Articulation des jeunes et du Comité de coordination d’ECVC conclut : « Au cours du dernier dialogue des jeunes, nous avons discuté de la manière dont le renouvellement générationnel nécessite des politiques publiques fortes pour garantir des prix décents et l’accès au foncier. Les nouvelles technologies ne peuvent être une priorité. En effet, elles aggraveront la crise climatique, réduiront l’autonomie des fermes et rendront encore plus difficile l’installation de nouveaux paysan.ne.s. Nous espérons que la Commission réorientera sa proposition afin de sortir de cette pression technologique et de faire de la question des prix et des terres une priorité dans la tant attendue stratégie du renouvellement générationnel. Nous restons fermement déterminés à participer à l’élaboration de cette stratégie. »
ECVC continuera de travailler dans toutes les institutions et avec ses alliés pour renforcer le développement législatif d’une Vision qui répondrait aux besoins des petits et moyens agriculteurs, à l’intégration des jeunes et aux défis auxquels la société européenne est confrontée. Il reste beaucoup à faire pour éliminer les risques et les contradictions contenus dans la Vision.