24/04/2020
« Nous avons su arrêter la course du monde, tout semble donc possible ! Et si ce choc nous amenait réellement à bouger les lignes ? Si nous ne le faisons pas aujourd’hui, quand le ferons-nous ? »
Retrouvez le témoignage de Jean-Rémy Dostes, agence Hame, sur l’adaptation de notre agence face à la crise sanitaire, relayé par le Syndicat de l'Architecture.
[Témoignage] de Jean-Rémy DOSTES, agence Hame : jour 34
S’ADAPTER A LA DISTANCE
Comme la plupart des agences nous nous sommes rapidement adaptés, sans trop de difficultés et quels que soient les sujets, au travail à distance.
Même si la distance interroge encore certains domaines particuliers comme la formation des collaborateurs les moins autonomes, la gestion des phases concours ou bien le maintien de discussions de fonds qui, formelles ou informelles, participent à la cohésion et à la vie de l’agence.
Nous nous interrogeons également sur la question du ralentissement du développement qui, des appels d’offres aux commandes privées, sera sans doute le point le plus impactant pour les agences. Les agences en sentiront certainement les effets dans quelques mois.
Mais les outils à distance fonctionnent, peuvent parfois même être ludiques et apportent leurs lots d’avantages, donc proposons à nos salariés et partenaires davantage de souplesse, réduisons aussi les réunions lointaines dès que cela s’avère possible.
LA CITE TOURNE AU RALENTI
En parallèle, nous avons noté un ralentissement généralisé de nos études et projets, à géométrie variable.
Au-delà des contraintes imposées par la pandémie, précisons que ce ralentissement avait démarré avant le confinement, avec les élections municipales. Cette constatation (re)dit l’importance de la sphère publique et politique dans la fabrication de la ville.
Pour l’agence il y aura donc plusieurs temps : celui du déconfinement bien entendu à partir du 11 mai, mais aussi celui de « l’après-élection » qui impacte la plupart de nos études urbaines et patrimoniales.
Si on enlève la question spécifique des chantiers, nous faisons donc face à un arrêt des études, de la réflexion urbaine comme celle sur le cadre bâti, point qui interroge la place mais aussi l’organisation que nous accordons collectivement à ces sujets pourtant primordiaux puisque touchant à la vie de nos cités.
Nous devons y réfléchir si les crises deviennent une composante de notre quotidien.
LA CONTINUITE DES CHANTIERS
Les aspects liés à la continuité ou reprise des chantiers ont occupé jusque-là les débats, des professionnels de l’immobilier en particulier, des architectes également.
A ce titre des progrès peuvent être encore fait concernant la dématérialisation de certaines autorisations administratives, actes notariés…
Mais la façon dont les débats ont été menés est plus préoccupante. Elle traduit, encore une fois, un manque de considération des architectes mais aussi des entreprises et des artisans.
Sans doute car le bâtiment reste perçu davantage comme un maillon de la chaine économique qu’un élément primordial à la vie humaine.
Dans un article récent, Bruno Latour nous engage à ne surtout pas reprendre comme avant et nous propose de lister les activités jugées inutiles, nuisibles...
Il serait à ce titre intéressant de nous interroger sur l’utilité sociétale des productions immobilières.
Au fond, à qui profite le crime ?
Devons-nous relancer « quoi qu’il en coûte » les chantiers alors qu’il faudrait nous reporter massivement vers la réhabilitation ?
En quoi la relance en urgence d’opérations d’investissements locatifs reste encore vitale dans ce cadre ?
Ne devrions-nous pas prioriser les logements sociaux et les actions contre le mal-logement au sens large ?
ET APRES ?
Après l’état de choc des premiers jours qui a entrainé une contraction, nécessaire, des énergies des collectivités autour des sujets vitaux comme la production d’équipements sanitaires (notons la participation de certaines agences dans la production de visières de protection via leurs imprimantes 3D), l’aide aux plus démunis, mais aussi continuité des chaines d’approvisionnements en produits de première nécessité l’heure est aux questionnements sur l’après (cf. appel du PUCA, du pavillon de l’Arsenal ou celui de l’urbaniste Myriam Szwarc).
Nous avons su arrêter la course du monde, tout semble donc possible !
Et si ce choc nous amenait réellement à bouger les lignes ?
Si nous ne le faisons pas aujourd’hui, quand le ferons-nous ?
Alors faisons-le :
Nos difficultés d’approvisionnement nous amènent à réinterroger des territoires en termes de logistiques, autonomie locale ou rôle laissé à nos entreprises…
La distanciation sociale appelle à une réadaptation de l’espace public et des transports….
Nos conditions de confinement réinterrogent la qualité des logements, leur taille, l’importance des espaces extérieurs comme la possibilité d’avoir du soleil direct ou celle de pouvoir s’isoler…
[...] à suivre !
Jean-Rémy Dostes, architecte urbaniste
Agence Hame
[email protected]
www.hame.fr