Parce qu'à l'heure de l'ultra numérisation, il faut se souvenir que la matière à l'origine de l'expression artistique dans l'histoire de l'humanité, comme toutes les nouvelles matières les plus modernes reste à sculpter quelle que soit la discipline, quel que soit le mode de captation ! Nous aimerions que le numérique ne soit pas seulement synonyme de "copier/coller" qui nous amènerait fatalement
à une standardisation stérile des matières comme du propos. Insuffler de la vie par des matières moins lisses dans les oeuvres numériques, c'est un engagement
presque à contre courant dans une époque d'apparat ou l'expression "T'as vu, tu as écouté? J'aime bien, c'est propre!" domine. Comme si produire une oeuvre revenait à "laver plus blanc que blanc"! Cet engagement nous paraît nécessaire car de la matière au propos, il n'y a qu'un pas qui est trop souvent franchis et qui nous impose une production filmique, artistique, musicale dont la forme comme le fond, bien souvent manque de saveur. Les oeuvres deviennent de plus en plus anecdotiques mais leur rendu dit "propre" prend trop souvent le pas sur l'intérêt réel de celle-ci! Nous pensons que l'art a une réelle influence sur nos sociétés comme nos sociétés ont une influence sur l'art et nous ne voulons pas d'une société standardisée sur le mode "propreté plus blanc que blanc" nous voulons de la mixité des matières comme des êtres qui la compose! Argile est née d'une idée simple : permettre la rencontre des arts et donc des artistes au-delà des idées reçues. Les vieux concepts restent à dépoussiérer ou faut-il plus simplement les briser ? Les clivages, les étiquettes qui trop souvent sclérosent la création artistique sont à combattre. Argile aimerait créer un espace de liberté, une bulle d'air, souvent impossible à vivre, même en tant qu'artiste, tant les « cases » dans nos sociétés sont préétablies et fonctionnent comme un rangement stérile, à défaut d'une organisation efficace. Que les artistes de différents univers et de différentes disciplines se rencontrent et collaborent à de nouveaux projets, de nouveaux concepts. Si le cinéma, au début du siècle dernier, est apparu comme un art moderne et qu'il a tant marqué les esprits comme une véritable révolution, c'est bien parce qu'il était la rencontre entre plusieurs disciplines (l'art de la dramaturgie, la peinture, la musique, le théâtre, ...), rencontre associée à une
découverte technologique : l'image en mouvement et le son reproduit.Nous pensons que nous avons nous aussi, en quelque sorte, en ce début de siècle, un rendez-vous avec l'histoire de l'art. Même s’il est forcément différent et reste à être développé, inventé. C'est un fait, nous vivons une nouvelle révolution. La technologie numérique permet la rencontre, entre autres, des arts donc des artistes. Mais elle permet aussi la réalisation d'éléments artistiques qu'il était impossible d'envisager avant ou trop cher à réaliser sans. La technologie numérique créatrice communicante n'est pas à notre disposition seulement dans le but exclusif de tenter de créer un art nouveau, mais aussi tout simplement, pour établir des ponts. Ainsi créer du lien social, en tenant compte de l’environnement, et ceci entre les acteurs de domaines aussi variés que l'art contemporain, le cinéma, l'infographie, le design, la décoration, l'architecture, la sculpture, la mode, la danse, le théâtre, la peinture, la musique, (...), la poésie. Mais aussi permettre à des domaines ou des individus, en marge de cette dite création artistique, de se confronter au milieu de l'art, de sa représentation et de sa diffusion. Les multiples combinaisons interchangeables à l'infini, qu’elles soient humaines, contextuelles et/ ou pluridisciplinaires, laissent à prévoir l'interactivité exceptionnelle et l'enrichissement qu'apporterait un tel engagement.