12/04/2021
"Il faut du temps, beaucoup de temps, pour réaliser un jardin et ce ne sont ni les investissements financiers ni les investissements humains (manuels ou intellectuels) qui pourront faire s'installer les plantes plus rapidement ... Si certaines d'entre elles sont rares, ce n'est pas sans raison mais parce qu'il faut de la patience, du savoir et aussi beaucoup de chance pour les acclimater. Le jardinage est un art peu reconnu en France, car c'est un art éphémère.
Une œuvre picturale, une fois terminée, peut échapper à son créateur et devenir la propriété physique d'un autre ; pas un jardin ... Un jardin n'appartient qu'à celui qui s'en occupe. Il n'est ni la nature sauvage ni un lieu totalement domestiqué, car il est constitué d'une multitude d'êtres vivants, végétaux et animaux, qui s'associent ou s'opposent, mais accompagnent toujours le maître des lieux, le guident dans ses choix, et l'influencent à tel point qu'il devient l'un deux. L'être humain qui décide de l'avenir de son jardin forme avec lui une seule et même entité. Que le jardinier vienne à disparaître, et c'est tout le jardin qui peu à peu disparaîtra avec lui. Un autre jardinier viendra peut-être mais, bien que situé au même endroit, il fera aussi un autre jardin. Oui, le jardinage est un art éphémère, mais c'est un art à part entière. Difficile, fatigant, exigeant de nombreuses connaissances, et toujours remis en question par les caprices du climat et des saisons. Ce sont peut-être justement tous ces aléas qui permettent au jardinier de mesurer à tous moments sa vanité. Son jardin devient une école d'humilité où il apprend à être plus souvent un roseau qu'un chêne, et c'est sans doute cette alternance d'échecs et de réussites qui rend cette activité aussi humaine".
JEAN LE BRET