20/03/2026
Du 15 mars au 31 août, je n'élague pas mes arbres.
Quand on élague un arbre en avril pour « lui donner de la lumière » ou « dégager la vue », on ne jardine pas. Ce trou dans le tronc qu'on n'a jamais regardé de près, une mésange bleue l'a inspecté en février, nettoyé de l'intérieur, tapissé de mousse et de poils de chien ramassés sur la terrasse, et pondu huit œufs minuscules qu'elle couve depuis dix jours en ne sortant que trois minutes par heure pour avaler un insecte.
La tronçonneuse fait tomber la branche en quatre secondes. Les œufs se brisent dans les copeaux au sol. La femelle tourne autour de la souche pendant une heure et disparaît. Huit poussins qui n'existeront pas — et 10 000 chenilles que ces poussins auraient mangées en trois semaines.
QUI VIT DANS VOS ARBRES EN CE MOMENT :
La mésange bleue (Cyanistes caeruleus) et la mésange charbonnière (Parus major) — nichent dans les trous naturels, les anciennes loges de pic, les fissures d'écorce et les cavités de bois mort à toutes les hauteurs. La mésange bleue occupe les trous de 25 mm de diamètre — trop petits pour la charbonnière. La charbonnière occupe les trous de 28 mm et plus. Les deux espèces pondent entre 7 et 12 œufs et les poussins sont au nid pendant trois semaines — période pendant laquelle les parents effectuent entre 600 et 900 allers-retours par jour pour les nourrir exclusivement d'insectes.
Le pic épeiche (Dendrocopos major) — creuse une nouvelle loge chaque année dans le bois mort ou tendre d'une branche maîtresse. Le travail de creusement prend deux à trois semaines. La loge terminée est un tunnel horizontal de 5 cm suivi d'une chambre verticale de 15 cm. Les cinq à sept œufs sont pondés sur un lit de copeaux. Les deux parents couvent et nourrissent. Élaguer la branche qui porte la loge en cours de creusement ou en cours de couvée détruit trois semaines de travail et une couvée entière.
L'écureuil roux (Sciurus vulgaris) — construit un nid sphérique de brindilles et de mousse (le « horey ») dans la fourche de deux branches maîtresses, à 5-10 mètres de hauteur. La femelle met bas entre deux et six petits en mars-avril, nus et aveugles, entièrement dépendants pendant huit semaines. L'élagage de la branche porteuse fait tomber le nid — les petits, incapables de s'accrocher, meurent de la chute ou d'hypothermie au sol.
La chouette hulotte (Strix aluco) — niche dans les grandes cavités de tronc à partir de février. Elle ne construit pas de nid — elle pond directement sur les débris de bois au fond de la cavité. Les deux à quatre œufs sont couvés pendant 28 à 30 jours. L'élagage lourd qui ouvre la cavité au soleil ou qui fait vibrer le tronc provoque l'abandon — la hulotte est sensible aux dérangements répétés en début de couvée.
Les chauves-souris (pipistrelle commune, oreillard gris, noctule commune) — colonisent les fissures verticales sous l'écorce décollée, les anciennes loges de pic et les cavités de charpente des grosses branches dès le mois de mars. Les colonies de maternité (femelles avec leurs petits) s'installent en mai et restent jusqu'à fin août. Les chauves-souris et leurs gîtes sont protégés par la loi — détruire un gîte occupé est un délit même s'il est dans votre propre arbre.
LA LOI :
Toutes les espèces d'oiseaux sauvages en France métropolitaine sont protégées (article L411-1 du Code de l'environnement). Détruire, déplacer ou déranger un nid occupé est un délit passible d'amende. Les chauves-souris bénéficient de la même protection — espèces ET gîtes. Élaguer un arbre qui contient un nid d'oiseau occupé ou une colonie de chauves-souris engage la responsabilité pénale du propriétaire — même si la destruction n'était pas intentionnelle.
COMMENT VÉRIFIER AVANT D'ÉLAGUER :
Observer l'arbre à distance pendant dix minutes, de préférence à l'aube ou au crépuscule. Les allers-retours d'oiseaux vers un point précis du tronc ou de la couronne signalent un nid actif. Les chauves-souris sortent au crépuscule — observer les sorties vers 21h-22h en mai-août. Frapper le tronc avec le poing et attendre trente secondes — un occupant dérangé (pic, sittelle, chauve-souris, écureuil) se manifeste par un bruit, un cri ou une sortie.
Inspecter les cavités visibles avec une lampe torche sans y plonger la main. Les fientes blanches sous un trou signalent une occupation. Les traces de griffes autour d'une cavité signalent un passage régulier. Si un doute persiste — reporter l'élagage au 1er septembre.
QUAND ÉLAGUER :
La fenêtre idéale est novembre à février — l'arbre est en repos végétatif, les nids de l'année sont vides, les chauves-souris ont migré vers les gîtes d'hibernation souterrains (caves, mines, carrières) et les écureuils sont dans leur nid d'hiver (le « drey ») construit dans un autre arbre. L'élagage d'hiver permet une meilleure vision de la structure de l'arbre (pas de feuilles) et une meilleure cicatrisation au redémarrage de la sève en mars.
Si l'élagage n'a pas été fait en hiver et qu'une branche menace la sécurité en avril — faire intervenir un arboriste-grimpeur qui peut inspecter les cavités de près avant de couper. La coupe sélective d'une branche morte dangereuse est possible en toute saison après vérification — ce qui est interdit, c'est la coupe aveugle sans inspection.
Du 15 mars au 31 août, la tronçonneuse et l'élagueur restent au sol. L'arbre a des locataires — ils ont un bail de cinq mois et la loi est de leur côté.